Station de métro Arts et Métiers

RATP, Paris (France), 1994.

 

En arrivant sur le quai, j’ai cru m’être trompé d’endroit. Je ne reconnaissais rien. Ni affiches, ni graffitis, ni carrelages blancs, mais de gigantesques plaques de cuivre solidement rivetées. Comme un ‘’Nautilus’’ souterrain, entraînant le voyageur dans une aventure inconnue.

   

L'Avisol

Juste à coté de moi à travers une sorte de hublot, j’ai aperçu la réplique d’une bizarre machine volante. ‘’Aérostat l’Avisol’’. Landreville vers 1880, indiquait laconiquement une plaque de laiton. Ce drôle de dirigeable semblait émaner d’un Tournesol ou d’un Wappendorf plus que d’un savant véritable. L’engin avait-il jamais volé ?

   

Engrenages

Je n’ai pas pris garde à l’arrivée du métro. Les portes se sont refermées avant que j’ai pu entrer. Un peu plus loin sur le quai les ‘’courbes roulantes’’ de Schroeder n’avaient pas l’air beaucoup plus utiles que l’Avisol. Symétrique et solennel, l’objet tenait presque de la statue.

   

Pont

Une nouvelle fois le métro s’en est allé. Je ne laisserai pas échapper le suivant. ‘’Pont Antoinette’’: la réunion de ces deux mots m’amusait et m’intriguait. Ces structures à la Eiffel, associées à ce prénom désuet, avaient de quoi laisser songeur.

   

Météor

Juste à coté, le pont cédait la place à un tunnel et le chemin de fer à un métro futuriste. Comme si ces objets constituaient autant de signes dans un jeu de piste, autant d’étapes dans un parcours initiatique dont les règles m’échappaient.

   

Chapelle

Le hublot suivant m’intriguait davantage. Cette cloche gigantesque aurait pu appartenir depuis toujours à la Chapelle. Les noms mêmes de ‘’Vulcain’’ et ‘’ d’Ariane’’ ne renvoyaient-ils pas à un passé plus reculé encore ?

   

L'abbé Grégoire

Pas de machine cette fois, mais un visage au regard tourné droit vers nous. "L’Abbé Henri Grégoire, fondateur du Conservatoire des arts et métiers en 1794’’. Voici juste deux cent ans, aux pires moments de la Terreur.

   

Spoutnik

Qui pouvait-il être cet Abbé, substituant les démonstrations scientifiques à la messe, et les installant dans un ancien lieu de culte ? Aurait-il pu imaginé un instant les progrès fous de la technique pendant les deux siècles qui allaient suivre ? Aurait-il pu concevoir qu’un satellite survolerait un jour la Terre transmettant des images d’un bout à l’autre du monde?

   

Roue à aubes

Peut-être aurait-il préféré des engins aux mécanismes plus apparents, aux principes plus visibles, comme cette roue à aubes aux mouvements lourds et lents…

   

Convertisseur

Certains engins semblaient d’abord terre à terre. On se serait attendu à les rencontrer sur un chantier plus que dans un musée. Mais leur présence en ce lieu, ces vastes engrenages, ce nom de ‘’convertisseur Thomas’’ leur donnaient une charge mystérieuse, laissant supposer on ne sait quelle fonction.

   

Sphère

D’autres objets portaient d’emblée à la rêverie. Comme cette sphère armillaire dont les anneaux plongeaient dans le passé le plus profond. ‘’Arts et Métiers’’ : à tout prendre , ces deux mots n’allaient pas mal ensemble.

   

Musée

Enfin, j’ai découvert le Conservatoire : Lavoisier, Cugnot, Ader, Foucault et son pendule, Vaucanson et ses automates, ils étaient tous là, si lointains et pourtant si proches. J’ai laissé passé le métro. Je suis monté vers le Musée.

Benoît Peeters

 

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Texte© Benoît Peeters 1998. Photos et illustrations © Bleu Méthylène 1998.