Bleu, Blanc, Or

Musée de Gajac, Villeneuve-sur-Lot (France), 2000.

 

Autel

Nef

Sacristie

Pupitre informatif

À la découverte du lieu

« J’ai gardé un souvenir très ému de la Chapelle des Pénitents Blancs à Villeneuve sur Lot.En cette chaude fin de matinée d’été ponctuée des cris de martinets, au travers d'un dédale de petites rues bordées d’étroites maisons largement décrépites, je suis arrivé devant l’entrée de la Chapelle. C’était un bâti modeste n’ayant aucun attrait architectural ou esthétique particulier. Elle paraissait même boiteuse et déhanchée ainsi désenclavée sauvagement des ruines des petites maisons ouvrières qui l’épaulaient. Ses alentours avaient été rasés et aménagés en parking asphalté, sans charme.

Deux grandes portes de bois peintes de vert fané fermaient l’entrée; j’ai tourné la clef charnue et démesurée dans la serrure, j’ai entendu le grincement mécanique des pênes renvoyé par l’échos vide du lieu oublié ; avec une impatience respectueuse j’ai poussé les panneaux des portes, le soleil s’est profilé au sol comme un long tapis de lumière menant jusqu'au chœur.

L'entrée franchie, une vague de fraîcheur m’a fait frissonner, l’air confiné exhalait l’odeur humide des vieux plâtres moisis, des bois cirés et de l'encens. J’étais là, le témoin de tout l’abandon mis en scène : quelques chaises bancales s’aligaient en échaliers, de timides éclats de dorures ternies et poussiéreuses appelaient le regard, une mantille d’éclats de badigeons jonchait le sol. Les anges de la chaire pointaient du doigt un ciel vide, silencieux et sans lustres. L’Autel éventré était vidé de sa pierre sacrée, les portes des grandes armoires murales de la sacristie s'ouvraient béantes sur des étagères occupées seulement de quelques vieux cierges dispersés. Sur les murs, les taches d'humidité brune, aux contours estompés, créaient les visages de quelques spectres pénitents en mal de purgatoire.

Le lieu n’était pourtant pas mort, il était encore chargé d’émotion, il palpitait de quelques chants dévots lointains, vibrait de résonances de milliers de pas processionnaires fantomatiques, s'agaçait du bruit des chaises d’un peuple qui s’agenouille humblement sous les brumes d’encens au son autoritaire de la clochette ordonnant la respectueuse génuflexion.

Au sol, l’usure des dalles de pierre mêlées aux carreaux de terre rouge, traçait sur l’allée centrale à la manière d’une saignée, le chemin séculaire de la foule repentante approchant les Ors de l'Autel. Les éraflures des murs patinés témoignaient de l'effleurement des mains ouvrières et des chaussures salies par la marche processionnaire.»

L'intention scénographique

«Je me sentais fort de l’émotion extraordinaire de travailler à redonner vie à ce petit monde, au moyen d’objets, de lumière et de musique. Je désirais suggérer la force d’un peuple croyant, l’exaltation de leur passion vers Dieu transpirant de souffrances et de crainte de la mort. Je voulais imager la volonté d’une communauté pauvre, bâtissant avec la force de sa foi et de son devoir d’entraide, un espoir en un royaume de béatitudes.

Pour cela nous voulions, à la manière des peintres du 18ème, placer par touches sensibles et historiques les éléments, objets et vêtements sacerdotaux, de façon à recréer les scènes de ces processions et cérémonies. Les cierges allumés, les draps de fleurs, les fumées d’encens, ponctués de lumières, de musique et de chants, ordonnés par une régie programmée, compléteraient dynamiquement cette mise en scène en plusieurs actes.

Nous disposions, pour une telle mise en scène, d’un patrimoine exceptionnel sur le thème des pénitents. Il résultait du recollement des objets, protégés au titre des monuments historiques, fait par le Musée de la vallée du Lot (dès 1999 en collaboration avec le Service National de l’Inventaire) : statues, croix processionnelles, draps mortuaires brodés d’argent, dais de procession brodés d’or, pièces d’orfèvrerie de fort intérêt historique, bâtons de pénitents, tableaux d’art religieux, retables et colonnes torses d’anciennes chapelles d’autres confréries ... »

Scénographie Bleu Lumière : Yves Maréchal, Dominique Briand
Décors, éclairage : Bleu Méthylène
Musée du Moulin de Gajac - Villeneuve sur Lot
Conservation : Richard Dagorne
Service culturel : Jacques Descayrac et Jean Luc Barré

 

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Textes et illustrations maquettes © Bleu Méthylène, Bleu Lumière 2001.